Le loup et l’agneau
avril 4, 2009 - Fables de La Fontaine - Aucun Commentaires
La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure.
Et que la faim en ces lieux attirait.
» Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.

Sire, répond l’agneau, que votre Magesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
je ne puis troubler sa boisson.

- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle ;
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
- Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’agneau ; je tète encor ma mère.
- Si ce n’est toi, c’est donc ton frère.
- Je n’en ai point.
- C’est donc quelqu’un des tiens ;
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.

On me l’a dit : il faut que je me venge. «
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l’emporta, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.
